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  • Gyom

Nous avons changé de monde, il est temps d'atterrir !

La disparition de Bruno Latour a de quoi nous affecter tous, pour paraphraser Mediapart. Mais elle nous donne l'occasion de (re)découvrir son oeuvre foisonnante, sa pensée riche, inclusive et militante. Et ce faisant, de prendre conscience de l'urgence de redécouvrir notre terre, notre quartier et nos voisins.



Un élément résonne particulièrement en cette période de prise de conscience des enjeux climatiques: sa sensibilité à la terre, à l'espace qui nous est donné pour vivre. Loin d'être infini et inépuisable, comme nous l'envisagions depuis Galilée, cet espace s’est révélé fragile. Il s’agit d’une fine croûte, une « peau de quelques kilomètres d’épaisseur qui recouvre le globe terrestre » comme le décrit Nicolas Truong dans Le Monde, avec son atmosphère. Cet espace, que Bruno Latour nomme « Gaïa », est selon Jérôme Gaillardet, professeur à l'Institut de physique du globe, une « zone critique » qu'il est nécessaire d'apprendre à connaître, « afin d’en maintenir les conditions d’habitabilité ». Vivre et découvrir notre espace est d'autant plus important que, comme tous les autres êtres vivants, nous déterminons sa nature, par le seul fait d’exister, de vivre, de se déplacer, d'habiter, de respirer. Ainsi, notre survie exige que nous habitions cet espace en harmonie avec l'ensemble des être vivants!


A cet effet, il est temps d'« atterrir sur cette nouvelle terre ». Car nous vivions essentiellement hors sol jusqu’à présent, persuadés que notre monde était immuable, avec des ressources infinies. Dans une série d'entretiens donnés à Arte à l'automne 2021, Bruno Latour précise que ce « monde d’avant [est] un monde fait d’objets, (…) un monde de l’abondance et du confort apportés par le système de production ». Mais nous avons changé de monde! Maintenant, nous vivons dans « un monde de vivants au milieu d’autres vivants ».


Notre monde est donc un espace à réinvestir, redécouvrir afin de permettre la continuation de notre espèce et des autres, qui sont toutes interdépendantes. Il convient de donner davantage d'importance à « l’ancrage dans le territoire et dans les conditions matérielles de vie ou même de survie. Territoire, attention, je ne le prends pas comme un lieu, mais comme la liste de tout ce qui vous permet de subsister. » Ainsi, chacun dans nos quartiers, nos espaces de vie, plus ou moins connectés aux autres espèces de la faune et de la flore, nous avons cet impératif vital et joyeux de nous (re)connecter. En raison de la proximité de nos voisins, et de l'efficacité de la discussion avec les autres pour apprendre, se décentrer et enrichir notre expérience du monde, il semble ici encore très utile de réinvestir les lieux de socialisation qui se trouvent proches de nos habitations. Les locaux associatifs, les cafés, les bars, les tiers lieux, tous ces lieux propices aux discussions et aux rencontres, pour autant qu'elles sont facilitées par une invitation!





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